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29 février 2024

Culture/ Musique : Célébrons Bella Bellow… célébrons notre patrimoine !

Et voici, maintenant 50 ans que la plus célèbre voix de la chanson togolaise et africaine des années soixante s’est tue à jamais. Un demi-siècle déjà. Le 10 décembre 2023, sa famille, les artistes de la chanson, les médias et les nostalgiques de la diva lui rendront encore hommage chacun à sa manière. Il est venu le temps de célébrer tous ensemble à l’unisson celle qui fut à ses heures de gloire le porte étendard de la culture togolaise, celle qui vit en nous par l’éternité de sa musique et celle qui représente aujourd’hui notre patrimoine commun. En décembre et à Lomé, pendant plusieurs jours qui se déclineront en un charmant programme, toute la nation togolaise, l’Afrique et sa diaspora à travers un hommage infini, célèbreront dignement et à la hauteur de sa grandeur La Voix Bella Bellow.

Bella Bellow est plus qu’un nom. C’est une étoile qui rayonne par-delà le ciel togolais et africain. Ce rayonnement perdure cinq décennies après le décès tragique de celle qui s’est révélée par la singularité, la puissance, la douceur et la beauté de sa voix au monde entier, lors de la première édition du festival des arts nègres à Dakar en terre africaine du Sénégal. Mais qui est donc cette jeune femme togolaise connue sous le pseudonyme de Bella Bellow ?

Née le premier janvier de l’an 1945, le premier jour de la semaine à Tsévié, premier enfant de ses parents, Bellow Georgette Nafiatou Adjoavi portait sur ses épaules le poids du leader naturel dès ses premiers pas dans ce monde. Bien malgré elle, peut-être par pudeur, la jeune Nafiatou sur les bancs de l’école dévoile la qualité exceptionnelle de sa voix, pendant les semaines d’activités culturelles qui s’organisaient dans les établissements scolaires. Très vite, elle devra assumer le don qu’elle possède et prendre la mesure du potentiel de son talent de chanteuse. En dépit de son désir de poursuivre ses études et sa formation de secrétaire administratif à Abidjan en Côte d’Ivoire afin de s’ouvrir une carrière d’employée de bureau, et avec les encouragements de ses proches, les retours flatteurs de son public et le soutien d’un certain Paul AHYI grande figure de l’univers des arts aux lendemains des indépendances des Etats africains, Georgette Nafiatou ne peut plus se dérober.

La carrière de la jeune chanteuse Bellow prend son envol dès 1965, année au cours de laquelle la voix de la musique du Togo indépendant accepte la proposition de participer à la célébration des festivités marquant le cinquième anniversaire de l’Indépendance du Dahomey rebaptisé depuis République du Bénin. Sa prestation très remarquée la propulse sur les scènes africaines. Moins de neuf mois après Cotonou, elle se révèle en avril 1966 sur les scènes du premier festival international des arts nègres de Dakar où la manifestation de la grandeur et de la beauté de l’humanité africaine fut attendue par le monde entier. Elle fit sensation et la critique annonça la naissance de La Voix Bellow qui se voit rajouter le surnom Bella en référence à sa beauté captivante et à son charme naturel imprimé sur scène.

Avec tant de grâce dans sa voix et tant de puissance dans son blues tinté d’africanité, la nouvelle vedette Bella Bellow se lance à la conquête des capitales occidentales. Elle s’entoure des meilleurs musiciens grâce au casting de son impresario qui n’était autre que le réputé Gérard Akueson. Avec Slim Pezin à la guitare, Jeannot Madingué à la basse, Ben’s à la batterie et le déjà grand Manu Dibango au clavier et à l’arrangement Bella Bellow foulera les plus grandes salles de spectacle d’Europe et sera invitée sur les plateaux de télé les plus prestigieux. De l’Olympia de Paris au stade Maracana de Rio de Janeiro au Brésil, elle ne laissera aucun public indifférent.

Le 10 décembre 1973, alors que Bella Bellow se préparait à s’envoler vers les Etats-Unis seul grand pays qui lui restait à conquérir, après une brève pause pour la naissance de sa fille unique, elle ne survivra pas à un tragique accident de la route survenu à la hauteur du petit village de Gapé-Kouni sur la nationale numéro un dans la préfecture du Zio. La flamme de la musique togolaise et africaine venait de s’éteindre brutalement.

Des larmes et des hommages, voilà ce qu’il reste de l’icône togolaise de la musique : entre 1979 et 1992 la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest choisit le visage de Bella Bellow comme symbole dominant sur la coupure du billet de 10.000 FCFA.  La poste togolaise émit durant une longue période un timbre à son effigie. Le journaliste Jean-Luc Akplogan alors correspondant de la Radio France Internationale à Cotonou initie et produit un album hommage à l’icône togolaise sur lequel il propose à d’immenses artistes de la chanson, Gnonas Pedro, GG Vickey, Akofa Akoussa entre autres, la reprise de ses titres emblématiques.  Des reprises des chansons de Bella Bellow par des artistes en Afrique, les mélomanes n’en comptent plus. Le 11 Novembre 2018 c’est devant un parterre de 70 chefs d’Etats et pour un public éclectique que les paroles de la chanson “Blewu” de Bella Bellow ont résonné à Paris à travers une interprétation historique de la star Angélique Kidjo. Un orchestre baptisé « Bella Bellow » est créé en hommage à la première musicienne togolaise. Le groupe est composé exclusivement de femmes, et se produit régulièrement sur les scènes togolaises et sous régionales. Cet orchestre rend hommage aux héroïnes du continent et entend faire de la musique un moyen d’épanouissement pour la femme. Depuis 2020, l’Université de Lomé abrite une scène de spectacle baptisé « Bella Bellow » en hommage à la Diva.

En décembre 2023, à l’occasion du cinquantenaire de la disparition de l’icône africaine Bella Bellow la nation togolaise lui rendra un hommage à la hauteur de ce qu’elle continue d’incarner pour l’univers de la musique et au regard du patrimoine qu’elle constitue pour l’éternité. C’est du moins le vœu ardent que nourrit la Fondation Bella Bellow Forever du titanesque programme qui compte élever au rang d’immortel La Voix, celle dont le rayonnement ne s’arrête jamais. Célébrons donc Bella Bellow, célébrons notre patrimoine culturel.

 

 

 

 

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