Les Parlementaires de la Cedeao sont depuis lundi en réunion délocalisée de la Commission Mixte Energie et Mines dans la capitale sénégalaise. Placée sous le thème « Exploiter les énergies renouvelables pour l’électrification rurale et le renforcement des économies rurales dans l’espace de la CEDEAO : le rôle du Parlement de la CEDEAO », cette réunion a pour objectif général d’ examiner comment le déploiement des énergies renouvelables peut améliorer l’électrification rurale et contribuer au développement économique rural dans les États membres de la CEDEAO, tout en soulignant le rôle du Parlement de la CEDEAO dans la mise en œuvre des politiques et des initiatives énergétiques régionales.
Pendant cinq jours donc, les Parlementaires de la Cedeao seront pleinement informés de l’état d’avancement, des défis et des opportunités liés au déploiement des énergies renouvelables et aux initiatives d’électrification rurale en Afrique de l’Ouest. Une occasion également pour ces élus d’avoir une compréhension claire des liens entre les solutions d’énergies renouvelables et le développement économique des zones rurales.
Il en ressortiront mieux outillés pour identifier les options de financement et les opportunités d’investissement susceptibles de faciliter le développement des infrastructures d’énergies renouvelables dans les zones rurales. Ce qui leur permettra de mieux jouer le rôle du Parlement de la CEDEAO dans le plaidoyer en faveur de la mise en œuvre des politiques et programmes régionaux en matière d’énergies renouvelables est renforcé.

Des modèles de financement innovants à fort impact dans le secteur des énergies renouvelables : quels choix stratégiques face au contexte de crise énergétique ? Étude de cas : Sénégal
Selon le Professeur Diouma KOBOR, directeur général de l’Agence nationale pour les Energies renouvelables (ANER), il faut passer du financement de projets isolés au financement de portefeuilles bancables et interconnectés. En, réseau, demande, ce sens que la crise énergétique mondiale impose, selon lui, un changement de méthode : financer moins cher, déployer plus vite et sécuriser le réseau.
Aussi faudra-t-il choisir des instruments adaptés aux risques (Etat, réseau, demande, change, contrepartie) et combiner solaire, éolien, gaz local de transition, stockage et efficacité énergétique. De même, il s’agira d’utiliser le cadre régional CEDEAO/WAPP pour mutualiser les investissements structurants sans oublier de faciliter l’intégration économique régionale dans le cadre de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf).
Aujourd’hui, eu égard au contexte de crise énergétique multidimensionnelle, la réponse, de l’avis du Professeur Diouma KOBOR, n’est pas un seul projet, mais une architecture de financement tenant compte des couts fossiles et devises, de la croissance de la demande, du réseau et intermittence, de l’accès et équité territoriale et de l’industrialisation et interconnexion africaine.
L’étude de cas du Sénégal
Selon le directeur général de l’Agence nationale pour les Energies renouvelables (ANER), le Professeur Diouma KOBOR, le Sénégal est déjà crédible. Il faut maintenant convertir les engagements en portefeuille d’investissement. Tout simplement, le diagnostic pour le Sénégal établit des acquis solides. Cependant, il est question d’un besoin de changement d’échelle.
Abordant l’aspect choix stratégiques de financement, une matrice simple se dégage : impact systémique, vitesse de déploiement et soutenabilité budgétaire. Il y a lieu donc de faire porter par chaque risque par l’acteur qui le maitrise le mieux.
Pour ce faire, des modèles s’offrent et doivent être expérimentés.
Le modèle 1 (Blended finance : transformer le coût du capital), il s’agira d’utiliser les fonds publics et concessionnels pour attirer le privé, pas pour le remplacer.
Pour le Professeur Diouma KOBOR, il faut réduire le WACC et donc le coût du kWh, financer le « maillon faible » (réseau, stockage, études, garanties) et conditionner les avantages à des indicateurs (MW installés, baisse tarifaire, emplois, innovation, accès rural). Bref, l’utilisation optimale du JETP est de mise en ce sens qu’il est un catalyseur de portefeuille, non guichet de dépenses isolées, faciliter les procédures de financement.
Le modèle 2 (IPP/PPA + stockage : rendre les renouvelables pilotables) envisage que les contrats doivent rémunérer l’énergie utile au système, pas seulement les kWh intermittents.
L’exemple du Sénégal est édifiant en ce sens : contrat BESS 160 MWh annoncé par Infinity Power/Senelec.
Pour ce qui concerne le modèle 3 (Corridors solaires CPCL : financer l’infrastructure linéaire), il revient de transformer les routes, autoroutes, rails et emprises publiques en actifs énergétiques. A ce niveau, le choix stratégique est de piloter les CPCL comme des PPP d’infrastructures, avec paiement par disponibilité plus vente d’énergie.

Le modèle 4 (Mini-réseaux et usages productifs : financer l’impact local) établit que le kWh rural devient rentable lorsqu’il alimente des revenus : froid, irrigation, transformation, santé.
Enfin, le modèle 5 (Marchés de capitaux et financements domestiques) poursuit un objectif capital. Celui de capter l’éparn=gne nationale et régionale pour réduire la dépendance extérieure. La décision clé est justement de créer un pipeline, avec taxonomie verte, reporting d’impact et mécanisme de garantie.
A la lumière des réalités du terrain, le rôle stratégique de la Cedeao, celui de passer à l’échelle régionale fait face à une urgence énergétique CEDEAO où la réponse financière doit également l’être.
Comme décision parlementaire possible, il faudra soutenir un mécanisme régional CEDEAO de dérisquage des projets EnR et d’interconnexion.
Aujourd’hui donc, selon le Professeur Diouma KOBOR, le meilleur financement est celui qui baisse durablement le coût du kWh tout en renforçant la souveraineté énergétique. Quatre décisions doivent être portées politiquement afin de financer l’impact, pas seulement les mégawatts. Cela nécessite de créer un portefeuille EnR Sénégal bancable, mettre en place une garantie régionale CEDEAO, intégrer CPCL-WAPP dans les stratégies régionales de transition énergétique et exiger un reporting d’impact.
Crédo TETTEH