Le Président de la république, Jean-Lucien Savi de Tove a été élevé à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre du Mono par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé. C’était le 26 avril 2026 à Lomé devant une crème de personnalités sociopolitiques. Et tous les arguments protocolaires et juridiques y militaient.
En sa qualité de Grand Chancelier de l’Ordre de Mono, Faure Essozimna Gnassingbé avait l’obligation et le devoir d’élever au grade de Commandeur, le Président de la République Jean-Lucien Savi de Tové afin que ce dernier puisse jouir librement de ses prérogatives et assumer pleinement et légalement ses obligations. Désormais habileté donc à décerner les décorations nationales à son tour.
Pour bien assimiler la question, il sied d’interpréter les articles 40, 42 et 50 de la constitution de la Vème République qui en montre les spécificités.

De l’article 50 de la Constitution….
Il faut souligner ici qu’à la lecture de l’article 50 Art : « Le Président du Conseil, chef du gouvernement : – préside les conseils des ministres ; – est le chef suprême des armées ; – dispose de l’administration, exerce l’autorité, le commandement sur les forces armées et les forces de sécurité ; – détermine et conduit la politique de la nation ; – définit la politique étrangère et représente l’État dans la conduite des relations internationales ; – assure l’exécution des lois et exerce le pouvoir réglementaire ; – nomme aux emplois civils et militaires. – accorde la grâce dans les cas individuels et commue les peines dans les conditions prévues par une loi organique »
A lire entre et sur les lignes, il n’est aucun doute que l’article 50 fait du Président du Conseil le chef du gouvernement et chef suprême des armées.
Et à ce titre, le Président du Conseil détient la réalité des prérogatives gouvernementales et la conduite effective des affaires de l’État. Le Président du Conseil décide des nominations et promotions civiles ou militaires. En conséquence, il est par fonction le grand maître des ordres nationaux et pourra décerner par contrecoup les plus hautes distinctions honorifiques. Et c’est ce qui fut fait le samedi dernier dans la programmation des activités dans le cadre de la célébration du 66ème anniversaire de l’indépendance du Togo.
L’interprétation limitée et à dessein de l’article 42 de notre Constitution
L’article 40 de notre Constitution précise clairement que Jean-Lucien SAVI DE TOVE est le Président de la République et Chef de l’Etat. « « « Art. 40 : Le Président de la République est le chef de l’État. Il est le symbole de l’unité nationale » pouvons-nous lire dans la Constitution de la Cinquième République..
Et à l’article 42 de la Constitution de lui donner mandat et prérogative de « décerner les décorations de la République ». Ce qui n’est pas une mauvaise attribution puisqu’il est amené le Président de la République à décerner des décorations outre le Chef de l’Exécutif c’est-à-dire le Président du Conseil.
L’intégralité de l’article 42 de notre Constitution empruntée par les langues fourchues pour ternir l’image de notre pays stipule : « Le Président de la République : – accrédite les ambassadeurs nommés en conseil des ministres ; – reçoit et accueille formel précise clairement les ambassadeurs et envoyés spéciaux acceptés et accrédités par le gouvernement après qu’ils ont été dûment autorisés ; – reçoit au moins deux (02) fois par an le Président du Conseil pour être informé de l’état de la nation et sur un ordre du jour établi par le Président du Conseil. Une délégation représentant les chefs traditionnels assiste à l’une de ces deux (02) rencontres annuelles ; – décerne les décorations de la République ».
Pour les observateurs avertis, l’analyse croisée des articles 40 et 42 laisse clairement comprendre que le Président de la République est investi d’un rôle symbolique et du pouvoir de décerner les décorations. Du coup à ce titre, les décorations qu’il peut décerner seront symboliques. En ce sens que celles décernées par le Président du Conseil sont de Hautes distinctions honorifiques regorgeant de reconnaissance officielle, avec statut, hiérarchie et prestige élevés. Ce qui malheureusement n’est pas du tout le cas pour le Président de la République qui décerne lui des décorations symboliques avec une reconnaissance morale, sans portée juridique forte.
Crédo TETTEH