Depuis quelques mois, les Togolais vivent la misère avec la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET). Ces derniers temps, elle peine à assurer à temps plein la fourniture de l’électricité à ses abonnés. Autre paire de manche, c’est la circulation les nuits dans Lomé et ses environs. L’éclairage public répond aux abonnés absents, malgré les paiements d’une redevance dite « Eclairage Public » sur les factures d’électricité (5% du montant global de la facture). Dans ces conditions, la circulation sur les grandes artères de la capitale relève d’un calvaire. Il faut faire preuve d’un incroyable talent…
L’obscurité prend la place de la lumière à Lomé. « Tout est noir dans la capitale Lomé et ses environs. Difficile de circuler donc et d’être au volant de son véhicule. Il faut bien écarquiller les yeux tel un hibou pour savoir là où on roule, pour ne pas commettre des dégâts irréparables », confie un conducteur de moto après un accident où il a failli perdre trois de ses doigts bien endommagés. Et pourtant, en scrutant une facture d’électricité, une rubrique retient notre attention : redevance Eclairage Public. Cette rubrique, précisons-le, correspond aujourd’hui au nombre de kilowattheures consommés dans le mois et ceci multiplié par 5 FCFA. Malheureusement, avec ces perceptions, les routes et rues de Lomé ne sont pas si bien éclairées. Elles rivalisent avec l’obscurité, le noir qui est également une couleur.
Il faut le dire sans ambages : il faut être vraiment courageux pour circuler les nuits dans Lomé et dans d’autres coins du pays. Comme l’a souligné le malheureux conducteur de moto, à la nuit tombée, c’est la pénombre qui enveloppe les routes et rues de la capitale togolaise. Et pourtant depuis 2010, un comité de gestion des redevances pour l’éclairage public (CGREP) a été mis en place par le gouvernement.
En effet, dans le but de promouvoir l’extension de l’éclairage public, le gouvernement par l’arrêté interministériel n° 019/MME/MEF/MPR-PDAT/MCPSP du 26 novembre 2010 portant fixation des tarifs de vente de l’énergie électrique au Togo, a institué une redevance de 02 F.CFA/ kWh applicable à tous les clients moyenne tension (MT) et de la zone franche et de 01 F.CFA/kWh à tous les clients basse tension, comme participation aux charges de l’éclairage public.
Un comité de gestion composé de représentants de l’administration centrale (Primature, Ministère chargé de l’énergie et Ministère chargé de l’administration territoriale), de la CEET, de l’ARSE, des collectivités locales et de la société civile a été mis en place par l’arrêté n°018/MME/MATDCL/2011 du 23 février 2011 pour la gestion des redevances ainsi collectées. Il est dit que les fonds collectés sont destinés à l’extension du réseau d’éclairage public, à assurer sa maintenance et à payer une partie des consommations. « Reste que dans les faits, les activités de réhabilitation et de maintenance sont assurées par la CEET, pendant que les collectivités locales peinent à payer l’autre partie des charges relatives à la consommation de leurs réseaux d’éclairage public » soulignait déjà en 2014, l’Autorité de régulation du secteur de l’énergie (ARSE).
Les redevances devraient être collectées par la CEET et reversées donc au CGREP qui a un compte logé au Trésor public. L’argent devrait servir à faire les extensions du réseau d’éclairage public dans les communes et préfectures, à la maintenance de ce réseau d’éclairage public, au fonctionnement du CGREP. Les fonds devraient être reversés aux communes qui se chargeront de régler la CEET pour ce faire, en fonction de la densité de la population de la commune.

Face à des incompréhensions et des gestions hasardeuses des communes qui ne payaient pas la CEET, beaucoup d’impayés ont été enregistrés au niveau de la CEET. Il a donc été décidé que ce soit le CGREP qui règle désormais la CEET.
En 2019, suite à certaines plaintes des communes et de quelques organisations de la société civile (OSC) pour en savoir un peu plus sur la gestion des redevances, le CGREP a indiqué que le gouvernement togolais a payé en 2018, une facture de 7 milliards FCFA à la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET) sur un cumul d’impayés qui se chiffrait globalement à 9 milliards FCFA.
Depuis lors, plus rien jusqu’à nos jours. Le CGREP ne communique plus sur son travail. Mieux les réunions du Comité se tiennent rarement ou ne se tiennent même plus. Au niveau des communes, c’est le flou total. Elles ne savent plus à quels saints se vouer, ne comprennent plus rien.
Les populations togolaises aussi ne comprennent plus rien. Et pour cause. Chaque fin du mois, elles payent la redevance Eclairage public. Mais d’éclairage public, elle n’en voit point les lumières. Un tour à Lomé et dans les grandes villes vous édifieront. Pas besoin de vous faire un dessin. Dès 18h, c’est le noir total dans les rues de Lomé. Ne parlons même pas des villes de l’intérieur du pays. Les consommateurs se pincent et se posent des questions. A bon endroit.
Il serait de bon ton que le CGREP vienne éclairer l’opinion publique nationale sur ce qui se passe, pour que l’éclairage public devienne alors le cadet de leur souci. Malgré le paiement de la redevance Eclairage Public, tout semble noir. C’est facturé aux clients mais le service attendu n’est pas au rendez-vous et le CGREP semble s’en foutre royalement. A quoi servent donc les paiements de la redevance d’éclairage public si nos voies doivent demeurer dans l’obscurité rivalisant avec le décor d’un cimetière à la tombée de la nuit ? Peut-être que les responsables attendent que le Premier Magistrat quitte ses bureaux pour venir faire le travail à leur place.
Nous y reviendrons
Crédo TETTEH